Le verre de trop

À vrai dire, l’endroit ne sort pas de l’ordinaire et est pourtant très fréquenté. C’est une bâtisse de deux pièces en briques de terre crue, blanchie à la chaux et entourée d’une clôture de roseaux vieillissante. Dans la cour sont disséminées des bancs autour de tables branlantes, en bois. On retrouve le même ameublement dans la plus grande des deux pièces, enrichie d’un comptoir, également en bois, derrière lequel se tient souvent la propriétaire des lieux. Car le tenancier est en fait une tenancière. Kanyange[1] est une belle femme à la bonne humeur contagieuse. Ceux qui la connaissent le mieux savent qu’il s’agit de sa nature profonde, et non une quelconque manifestation d’un esprit d’entreprise des plus affutés. Esprit d’entreprise dont elle est dotée par ailleurs. Peu importe en fait. Au fond, les hommes, et les femmes, qui se pressent Kwa Kanyange[2] n’ont rien à y redire, tant qu’ils peuvent accéder à quelques fragments de ses sourires et des énormes éclats de rire dont elle seule a le secret. Et si ses clients s’attablent Kwa Kanyange pour ses isongo[3], urwarwa[4] et autre impeke[5], ils restent et reviennent pour cette belle jeune femme qui leur réserve une prévenance sans pareille, en prime de boissons d’une exquise qualité. Elle a bien raison de soigner sa clientèle. La concurrence est rude sur ce petit centre de négoce perdu au centre du pays.

En ce mois de juin, les caféiculteurs ont perçu une partie de leurs recettes, et l’argent coule à flot dans les bars. Les épouses peuvent toujours espérer une amélioration de leur quotidien, mais elles n’ont pas d’autre possibilité que de s’en remettre au bon sens de leurs maris dont la principale préoccupation est d’étancher une soif d’alcool souvent inassouvie le reste de l’année. Alors, Kanyange ne ménage pas ses efforts et s’assure de concocter la meilleure impeke, et le plus succulent urwarwa qu’il est donné de goûter à des kilomètres à la ronde. Quant à son isongo, seules les religieuses Bene Mariya du centre provincial peuvent prétendre l’égaler. Heureusement pour elle, les bonnes sœurs ne produisent que de petites quantités, en vente à emporter. Kanyange sait que la clientèle sera au rendez-vous en cette belle journée, de ces journées claires et sans pluies comme on en redécouvre en début de saison sèche. Elle a ouvert la porte vers onze heures, comme d’habitude les jours de marché. Tôt le matin, elle a assisté à la messe avec ses filles qu’elle élève seule depuis son veuvage, depuis que son mari, Nzisabira, a succombé à ses blessures dans un accident de moto, après trois ans – et trois enfants – de mariage. La jeune femme n’avait alors que vingt-deux ans, s’étant mariée très jeune, après être tombée enceinte à dix-sept ans du jeune infirmier. Elle avait dû alors quitter le collège – Kanyange n’était pas douée pour les études de toute façon. Le mariage avait été vite célébré, suffisamment tôt pour que la grossesse ne soit pas encore visiblement affichée et avant que le scandale n’éclate. Bien sûr, elle était reconnaissante que son amant ne l’ait pas abandonnée, sans façon, avec sa grossesse, comme bien d’autres jeunes filles dans son cas, mais elle n’avait pas prévu d’élever seule trois enfants en bas-âge. De fait, après le décès de Nzisabira, la famille de son mari ne tarda pas à lui faire comprendre qu’elle n’avait aucun droit sur la propriété familiale, puisqu’elle n’avait enfanté que des filles. Elle s’abstint de toute protestation, qu’elle savait vaine, et se mit à exploiter les terres que son défunt mari avait achetées, sûre de la coutume qui veut que celles-ci soient exclusivement réservées aux enfants de l’acquéreur, sans possibilité de confiscation par la belle-famille. Elle dut ensuite résister aux pressions de Kwilina[6], sa belle-mère, qui cherchait à la caser avec son dernier-né, un cultivateur encore célibataire. Kwilina invoquait le respect d’une tradition surannée, au moment où elle entendait mettre la main sur les terres de Nzisabira. Kanyange fit appel aux Bashingantahe[7]auxquels elle parla de son « chagrin trop lourd à porter », du bien-être de ses enfants qui lui importait bien plus qu’un mariage arrangé. Les Bashingantahe finirent par lui donner raison, et Kwilina promit de ne plus l’importuner, à la seule condition qu’elle ne la sollicitât pas pour subvenir aux besoins de ses filles. Cette attitude, synonyme de reniement, agit comme un aiguillon sur Kanyange qui s’acharna dès lors à prouver qu’elle avait la capacité de prendre soin de sa famille, bien au-delà de ce que la société pouvait attendre d’elle.

Kanyange s’interdit de réclamer de l’aide à sa famille, eux qui l’avaient pratiquement exclue lorsqu’elle était tombée enceinte. Elle était tout autant persuadée que ses frères ne pouvaient que rejeter tout idée d’entamer à son profit la petite propriété sur laquelle ils se bousculaient, puisqu’aucun de ses quatre frères n’avaient réussi au concours national donnant accès au collège. Par manque de choix, et peut-être aussi d’imagination, ils avaient adopté le même mode de subsistance que leurs parents et n’entendaient évidemment pas morceler leur gagne-pain. Elle choisit donc de valoriser ce qu’elle faisait le mieux, profitant de ce que sa grand-mère, enfin contente d’avoir une petite-fille après la série de garçons que lui donnait sa fille unique, l’ait initiée très jeune à la fabrication des alcools traditionnels, en lui transmettant au passage ses secrets de brassage. Kanyange n’aimait certes pas l’école, mais elle y avait acquis des notions utiles qu’elle s’empressa d’appliquer pour accéder à une indépendance financière. Elle se servit des derniers revenus de son mari pour acheter des bananes, et se mit à la tâche, jusqu’à noyer son chagrin dans le travail, ayant vite compris que seule une forte capacité à rebondir pouvait l’aider à procurer à ses filles les opportunités qu’elle-même n’avait pas su saisir. Elle ne s’arrêta pas au fait que l’offre d’urwarwa était abondante, se fiant à l’émerveillement constante des participants à chaque fête où on pouvait déguster l’urwarwa ou l’isongo qu’elle préparait bénévolement pour les membres de la famille avant le décès de son mari. Elle était douée ! Et elle le savait ! Rapidement, elle acquit de la notoriété et augmenta ses quantités en conséquence, achetant de plus en plus des bananes sur pieds pour palier la production encore vacillante des plantations qu’elle avait mises en route sur les terres de Nzisabira. Elle engageait des journaliers pour l’aider dans les champs et pour la préparation des alcools, elle se fit seconder par son cousin Gérard. Un peu plus jeune que Kanyange, il avait été élevé par les parents de la jeune femme après le remariage de sa mère, celle-ci ayant dû revenir vivre avec ses frères après le décès de son mari, à la suite duquel ses beaux-frères l’avaient poussée au départ pour spolier son fils de son héritage. N’ayant non plus aucun droit à l’héritage dans sa famille maternelle, Gérard fut plus qu’heureux de la seconder dès l’instant où elle lui fit part de son projet.

Pendant deux ans, Kanyange approvisionna les commerçants du marché de Gisyo et les différentes fêtes familiales des environs, le temps d’épargner la somme nécessaire à l’ouverture de son propre bar. Kwilina, au fait du succès de sa belle-fille, s’adoucit progressivement et l’appuie maintenant en cas de besoin. Elle a fini par comprendre l’inanité de ses efforts pour marier Kanyange à son jeune fils, lequel vient, du reste, de célébrer son union avec une jeune fille somme toute charmante. Kwa Kanyange fonctionne depuis trois ans déjà, les enfants grandissent mais la jeune femme, à l’aube de la trentaine, ne manifeste pas d’intention de se remarier. Dernièrement, elle s’est adjoint les soins d’un vétérinaire[8] nommé Bukuru, pour proposer des brochettes et ainsi prolonger le temps de consommation de ses clients sur place. Son compte en banque est bien garni, ce qu’elle se garde de communiquer, s’occupant personnellement de ses comptes, de peur de susciter des jalousies qui peuvent prendre des proportions prodigieuses dans nos collines.

Pourtant, Kanyange est pensive, inquiète même, contrariée par l’arrêté que l’Administratrice[9] communale a publié vendredi. Dorénavant, une femme non accompagnée de son mari ne pourra plus fréquenter les bars après dix-neuf heures, sous peine d’une amende d’un montant plutôt conséquent. La mesure concerne aussi les filles célibataires, qui n’ont plus le droit d’être en dehors de leur domicile au-delà de dix-neuf heures, ainsi que les garçons / hommes – ce n’est pas très clair en fait – qui se retrouveront en leur compagnie. Bref, rien qui arrange son commerce, et de quoi faire jubiler sa belle-mère qui, malgré les apparences, n’a pas encore complètement digéré que sa belle-fille lui ait résisté. D’humeur chagrine, Kanyange s’en remet entièrement à Gérard pour servir les clients, assisté par un jeune adolescent engagé uniquement pour les week-ends et les jours fériés. Quant à la jeune femme, elle s’installe dans l’arrière-cour, où elle est bientôt rejointe par Dorothée, comptable pour l’antenne d’une ONG chrétienne. Les deux femmes sont amies depuis leur enfance, mais Dorothée a pu continuer ses études jusqu’à la fin du lycée.

– Bonjour Dorothée. Comment se passe la journée ?

– Bonjour ma chère Kanyange. Je vais bien, mais le soleil tape dur aujourd’hui.

– J’imagine que tu meurs de soif. Je vais nous chercher une bouteille d’isongo de ma réserve personnelle. Ça devrait te plaire, je me suis surpassée !

– On n’est jamais déçu avec toi. La BRARUDI[10] n’a qu’à bien se tenir.

Kanyange demande à Bukuru de leur préparer deux brochettes de viande de chèvre , avec des bananes vertes grillées, puis apporte une bouteille d’isongo de laquelle elle sert deux verres. Les deux amies n’ayant pas le temps d’échanger comme elles le voudraient en semaine, elles ont pris l’habitude de se retrouver Kwa Kanyange les dimanches en début d’après-midi, autour d’un déjeuner improvisé. Kanyange est seule dans ces moments-là, ses enfants rentrent de la messe avec leur grand-mère, pour déjeuner en compagnie de Suavis, sa jeune Yaya[11].

– Il y a une part de vérité dans tes délires ! Je ne peux me résoudre à vendre les Primus et autre Amstel. Non seulement j’appréhende les tracasseries administratives autour de la licence, mais j’aurais par ailleurs l’impression de trahir mes produits. J’aime l’idée que Grand-mère serait fière de moi si elle était là. Elle était très moderne pour une femme de sa génération. Elle me disait que le travail paie, que nous sommes de petites gens mais pas des mendiants. Je suis heureuse qu’elle m’ait transmise son savoir-faire.

– C’était une forte tête ta grand-mère !

– Elle n’a pas eu tellement le choix tu sais. Il lui en a fallu du caractère pour élever sa fille seule, abandonnée par son mari qui lui reprochait de ne lui avoir donné qu’une fille. Comme quoi l’histoire est un éternel recommencement.  

– Tout à fait. À ton avis, comment prendrait-elle ce fameux couvre-feu pour les femmes ?

– Décidément, tu devines tout aujourd’hui. J’y pensais justement à cette directive, je suis très inquiète à propos de sa mise en application. Je n’ai pas le niveau d’études de notre Musitanteri[12], et je n’ai aucune idée des contraintes auxquelles elle doit faire face dans sa fonction, alors j’aimerais qu’on m’explique s’il n’y avait pas d’autres alternatives pour maintenir la paix des ménages dans notre commune. C’est une mesure sujette à plus qu’une interprétation, à mon humble avis. Disons que, par exemple, tu restes ici jusqu’à ce soir. Tout le monde est au courant de ta situation personnelle – je veux dire le fait que tu n’es pas mariée à ton âge. Je ne juge pas, mais tu sais bien comment les gens parlent chez nous – et, logiquement, tu es visée par cette mesure. Sachant que tu vis seule, et donc considérée comme chef de famille, quand bien même celle-ci ne compte qu’une seule personne, qui est habilité à t’interdire de rentrer quand tu veux, ou de passer du temps avec des amis le soir si tu en as envie ? Cela m’étonne d’autant plus que, d’après ce qui est écrit, la mesure n’a rien à voir avec une quelconques menace sécuritaire.

– Si tu savais comme je suis confuse ! Et plutôt en colère. Au cours des prochains jours, je ne pense pas trainer le soir avant de rentrer. Non pas que c’était le cas auparavant – je ne me justifie pas non plus – mais je n’aime pas avoir à rendre compte de mon style de vie. J’ai déjà ma famille sur le dos, je n’avais vraiment pas besoin que le voisinage vienne s’en mêler, et que tous les gougnafiers du coin se permettent de m’interpeller sur mon état comme c’est le cas depuis la publication de cette mesure. Je n’arrive pas à comprendre que pour notre administration, la solution idéale consiste en une mesure qui ne s’applique qu’à une catégorie de la population, avec pour seule dénominateur commun d’appartenir au sexe féminin… Ce n’est pas tant la décision elle-même qui m’indispose que la manière dont elle est présentée. Tant que mon comportement n’est pas repréhensible, les moments que je passe avec des amis, hommes ou femmes, ne portent aucune atteinte à l’ordre public, si ce n’est à la pudibonderie d’un petit nombre de  personnes qui feraient mieux de s’occuper de mettre de l’ordre dans leur propre vie.

– Excuse-moi, Dorothée. Je n’avais pas idée à quel point toute cette situation t’incommodait. J’ai pris ton cas pour illustrer mon propos, pas pour que tu sois blessée.

– Seigneur ! Je me suis encore emportée. C’est la faute de cet abruti de Ntabwenge, le moniteur agricole. Il est la personnification de l’adage populaire qui dit que izina niryo muntu[13] ! Figure-toi que je l’ai croisé au niveau de la jonction, dans la descente vers la rivière. À peine m’a-t-il dit bonjour qu’il s’est mis à rigoler comme l’idiot qu’il est, affirmant que je n’ai plus d’autre choix que de l’épouser car il me faut un chef de famille : « Je te donnerai l’autorisation de sortir, je t’accompagnerai même le soir pour que personne ne vienne t’embêter », voilà ce qu’il m’a dit. Comme tu peux le voir, j’en suis encore toute retournée de colère. Son attitude à mon égard confine au harcèlement, même s’il se dit convaincu devoir faire preuve de persévérance face à mon indifférence affichée. Je ne vois pas en quoi je devrais me sentir honorée par son attention !

– On dirait que tu es plus fâchée que tu n’as peur de lui. Pourtant, il donne l’impression de s’enhardir de jour en jour ; j’ai peur qu’il finisse par te jouer un mauvais tour. Il faudrait que tu fasses attention, il pourrait ne plus se contenter d’être bêtement désagréable.

– Je sais bien. Je suis bien consciente de ce que notre société pense des femmes célibataires. Mawe[14] m’a encore apostrophée à ce propos, ce matin après la messe. « Comment peux-tu te satisfaire d’une vie pareille, sans enfants et par conséquent sans responsabilités, alors que la vie t’a plus que gâtée ? Il est vrai que tu prends soin de tes nièces, que tu les loges, les nourris et paies même leur scolarité, mais cela ne t’empêche pas de te marier. Tu es capable de te trouver un mari qui accepte que tu continues à t’occuper de ta famille, des filles moins nanties et bien moins jolies que toi y sont arrivées ». Je peux concevoir sa déception, après les sacrifices et les railleries auxquelles elle s’est exposée en me laissant continuer les études, alors que mes frères abandonnaient l’école les uns après les autres. Seulement, cela ne lui donne pas le droit de décider de mon avenir. Pour faire court, ce n’est pas mon meilleur dimanche. Jusqu’à tout à l’heure en tout cas. Comme toujours, ton isongo opère bel et bien des miracles en moi !

– Quelle flatteuse. Je vais te resservir un verre.

– Et comment ! Je veux bien une autre paire de brochettes, et pour toi aussi. Ça ne va pas me ruiner, et tant qu’à se faire plaisir…

Kanyange passe la commande, s’en va ensuite vérifier la température du service dans la cour où tous ses clients du jours ont préféré s’installer, évitant ainsi la pièce plutôt sombre où on les sert les jours de pluie. Elle prend le temps d’un aparté avec Gérard qui lui fait passer un coup de fil au boucher pour qu’il livre une autre chèvre ; ils risquent de se trouver à court de viande pour les brochettes. Ravie de la fréquentation, elle retourne à l’arrière-cour, plus apaisée.

– Me voici de retour. Les brochettes sont bientôt prêtes.

– Merveilleux ! Ton vétérinaire est brillant, j’ai l’impression que tu as encore plus de clients que d’habitude.

– Ce n’est pas qu’une impression ma chère !

– Tu le mérites. Tu as beaucoup travaillé, et on ne peut pas dire que ta famille t’ait tellement aidée au départ. Je suis vraiment heureuse pour toi.

– Tu as intérêt ! Sinon je le dis à ta filleule. À peine neuf ans et déjà un caractère de chien.

– Les chiens ne font pas des chats comme on dit.

– Voilà tout le bien que tu penses de moi, alors que je suis si gentille.

– Que tu dis !

– Je maintiens ! En revenant à notre sujet, je reste tout de même inquiète. Faisant moi-même partie des femmes célibataires, je doute que ma situation de veuve me profite, et tenir un bar ne plaide pas en ma faveur. Les bonnes dames de la paroisse m’ont bien fait comprendre que ce n’était pas une activité convenable pour une chrétienne, opinion qui tient plus de l’ignorance que d’un jugement fondé ou logique. Fort heureusement, mon bar a acquis une réputation telle que je peux songer à diversifier mes activités. Je projette de laisser plus d’autonomie à Gérard, le laisser gérer le bar. De manière progressive j’entends bien. Mais je ne vais pas fermer mon commerce plus tôt que mes concurrents, juste pour être chez moi à une heure fixée par une femme qui n’a apparemment pas saisie toutes les retombées de cette mesure sur la vie de certaines de ses administrées.

– C’est clairement plus préoccupant pour les femmes comme toi, exerçant des activités d’une grande amplitude horaire. Bien qu’embarrassée de le reconnaitre, je me borne à faire le dos rond, dans l’espoir que la mesure soit bientôt, quand ils se rendront compte qu’elle est difficilement applicable pour un centre comme Gisyo, qui ne cesse de se développer.

Le reste de la journée passe rapidement, dans une ambiance détendue. En dépit de leurs inquiétudes, elles en font finalement un après-midi privilégié dont témoignent les rires enchantés qui entrecoupent leur dialogue. Ces longs moments qu’elles s’octroient tous les dimanches leur sont essentiels. Elles partagent leurs préoccupations, sans nécessairement chercher ou trouver une solution, élaborent des stratégies pour parachever leurs projets. Lorsque Kanyange a commencé son affaire de fabrication et de vente d’alcools traditionnels, Dorothée était encore à l’internat. Les deux amies s’écrivaient de longues lettres, pratiquement chaque semaine. En bonne amie, elle a encouragé Kanyange, poussée dans ses retranchements pour qu’elle ne se décourage pas ; elle l’a portée presque à bout de bras les jours de désespoir, alors qu’elle-même devait préparer son examen d’état pour terminer ses études secondaires. Elles en sont sorties soudées, renforcées par cette amitié indéfectible. Aujourd’hui confortablement installées dans leurs vies respectives, elles continuent de faire bloc, pour avancer et faire ensemble face à l’adversité. Effectivement, les commentaires subtilement malveillants ne manquent pas à l’endroit de ces deux femmes encore jeunes qui ne cachent pas leur choix de rester seules, en opposition à la norme qui veut qu’une femme se mette sous la tutelle d’un homme, pour s’accomplir en tant qu’épouse et mère. Il faut dire que les deux amies ne font partie d’aucune chorale, elles n’ont adhéré à aucun mouvement d’action catholique, n’importe quelle autre vocation qui pourrait expliquer leur solitude comme un acte de foi, mais pas un obscure désir d’indépendance!

Vers dix-huit heures, Kanyange a un dernier tête-à-tête avec Gérard. Il a pris le temps de mettre en sécurité une partie de la recette de la journée, à la microfinance dont un guichet reste ouvert tous les jours de marché, y compris le dimanche, pour permettre aux commerçants de sécuriser leurs fonds et échapper ainsi aux vols souvent violents, avec les armes héritées de la période de guerre civile qui n’ont pas toutes été rendues ou détruites.

– Tout se passe bien Gérard ?

– Oui, ne t’inquiète pas. Tu peux partir l’esprit tranquille, je reste sur place comme d’habitude.

– Je sais. Il est vrai que je préfère procéder à la fermeture personnellement, et m’assurer que tu n’aies pas de situation compliquée à affronter sans moi.

– Depuis les années qu’on travaille ensemble, j’espère que tu ne doutes pas de mes capacités à assurer la gestion du bar, même lorsque la situation devient complexe.

– Certes, non. Écoute, nous allons tirer le meilleur de cette situation. J’ai du mal à lâcher prise, à force de vouloir tout contrôler.

– Exact !

Gérard a répondu en souriant, parfaitement au fait que sa cousine saisira le sous-entendu dans sa totalité. Il ne fera aucune récrimination officielle, mais elle doit savoir qu’il attend simplement qu’elle lui lâche la bride. Il est temps pour lui d’assumer plus de responsabilité.

De même, Dorothée prend le temps de souhaiter une bonne soirée à Gérard et les deux amies prennent ensemble le chemin du retour. Dorothée s’est fait construire une belle maison en briques cuites juste à côté de celle de Kanyange, qui a fait la sienne légèrement plus grande. Elles habitent depuis un an sur l’axe principale, en plein centre de la petite agglomération de Gisyo. Elles ont de l’électricité et l’adduction d’eau est en passe d’être finalisée, grâce à la contribution de l’association des natifs de leur commune dont la plupart des membres ont des résidences secondaires où ils viennent passer des week-ends en famille. Ce soir plus que d’habitude, Kanyange est heureuse de pouvoir tenir compagnie à son amie qu’elle sent sur le qui-vive, malgré toute la peine qu’elle se donne pour faire bonne figure. Elles se méfient de la persistance du moniteur agricole à importuner Dorothée, d’autant plus que, au cas où il lui viendrait à l’esprit de lui faire du mal, la probabilité qu’il soit inquiété est très faible. Les gens auront plutôt tendance à blâmer Dorothée. Tant qu’elles n’auront pas trouvé d’autre solution, elles rentreront désormais ensemble tous les soirs, aux environs de dix-huit heures au plus tard.

Un peu avant d’arriver chez elles, elles croisent Lambert, le chef du poste de police, que tout le monde appelle Chef. Veuf depuis six mois, sa femme est décédée d’un paludisme foudroyant, lui laissant la charge de deux enfants de trois et deux ans pour lesquelles il cherche presque désespérément une mère. Et il semble avoir jeté son dévolu sur Kanyange. Laquelle n’éprouve pour lui qu’une sorte de ressentiment devant la ténacité de ses avances pourtant inlassablement repoussées.

– Amahoro[15] ! 

– Amahoro ! Lui répondent les deux amies en cœur.

– Vous rentrez bien tôt.

Elles le regardent, sans se donner la peine de lui répondre, sentant d’instinct que c’est pure provocation de sa part. Toujours est-il qu’il ne lâche le morceau.

– Ne me dites pas que vous avez peur de vous faire arrêter ! Vous vous targuez tellement d’être des femmes modernes et indépendantes, surtout toi Dorothée. Je peux vous accompagner si vous voulez, personne n’osera vous interpeller en ma présence.

– Merci pour ta gentillesse, mais nous serons chez nous à temps. Bonne soirée.

Kanyange se charge de lui répondre. Elle connaît l’animosité que Dorothée éprouve pour lui, elle craint que la situation ne dégénère car son amie est réputée pour un franc-parler plus que redoutable.

– Pourquoi êtes-vous si pressées ? Je partais au centre pour veiller au respect de la loi, mais je peux vous tenir compagnie un moment. Je ne voudrais pas que de si charmantes dames se fassent ennuyer par le premier venu.

– Merci Chef mais ça va aller, vraiment. Nous sommes à deux sur un chemin que nous prenons quotidiennement. Nous ne voudrions pas non plus t’empêcher de vaquer à tes occupations, tu as trop de responsabilités pour perdre du temps avec nous. Tiens, voilà le vieux Petero qui arrive, nous sommes sauvées !

S’il est vrai que Kanyange n’apprécie pas la compagnie du chef de poste, elle ne tient pas pour autant à se le mettre à dos, pour la simple raison qu’elle a besoin de la police, notamment pour l’aider à gérer l’ivresse parfois méchante de quelques-uns de ses clients. Elle se permet juste d’être légèrement sarcastique, de quoi le déstabiliser un peu sans qu’il se sente tourné en ridicule. Il s’éloigne à contre-cœur. Elles saluent brièvement le vieux Petero, le laissent passer et continuent tranquillement leur route en conversant comme elles faisaient avant de se faire interrompre par Lambert. Elles se séparent au portail d’entrée de Dorothée.

Kanyange passera la soirée avec ses filles, qu’elle trouve occupées à danser sur un chant gospel d’une chorale rwandaise. En attendant que la yaya termine la préparation du dîner, elle délaisse ses comptes pour causer avec Carine, sa fille aînée dont Dorothée est la marraine. C’est une enfant magnifique, qui a hérité des traits de sa mère et du caractère bien trempé de son père qu’elle sait modérer en adoptant, inconsciemment, les gestes posées de sa mère. Contrairement à celle-ci, elle est brillante à l’école, ce qui la remplit de fierté. Ainsi qu’elle se l’est promis après le décès de son mari et le rejet de sa belle-mère, Kanyange a réussi à se construire une vie équilibrée avec ses enfants. S’il lui arrive de se sentir seule, ce sentiment ne perdure pas, cette relative solitude étant le résultat d’une longue réflexion, une décision prise en toute conscience. La levée de deuil définitive de son mari fut en effet suivie d’une période pendant laquelle elle croula littéralement sous les avances des veufs de la localité, parfois même de plus loin. Mais Kanyange ne voulait pas les impliquer, elle et ses filles, dans une nouvelle union. Elle ne se voyait pas non plus en maitresse d’un homme marié. Avec le temps, elle se rendit compte qu’elle aimait la liberté que lui procurait sa situation, liberté dont elle profite à présent pleinement, libre de donner à ses filles une éducation conforme aux aspirations qu’elle a pour elles. Depuis le couvre-feu imposé aux femmes par l’Administratrice communale, elle passe des soirées tranquilles à la maison. Sereine, elle se dit qu’elle va continuer à rentrer plus tôt, ce qui devrait faire plaisir à Gérard.

La sonnerie « belle-mère » stridente et désagréable, spécialement paramétrée pour les appels de Kwilina, la fait subitement sursauter. Elle décroche son téléphone, surprise par la voix d’homme qui lui répond à l’autre bout du fil. Préférant se mettre à l’abri de la curiosité de ses enfants, elle s’éloigne rapidement pour prendre l’appel en privé, dans sa chambre.

– Bonsoir Kanyange !

– Bonsoir. Pourquoi vous avez le téléphone de Kwilina ? Qui êtes-vous ?

– Ne t’inquiète pas Kanyange. Enfin, c’est vite dit ! Tu n’as pas reconnu ma voix ?

– Non, pourquoi ? Je devrais ?

– Certainement. Je suis Lambert, le chef de poste. Nous nous sommes vus tout à l’heure. J’aurais aimé pouvoir discuter avec toi, mais tu étais encore fourrée avec cette vielle fille de Dorothée. Pourquoi tu continues à t’afficher avec cette vielle chouette, toi qui es si belle ? Tu risques de finir rabougrie, comme la pimbêche que tu as pris pour amie, celle-là même qui t’empêche de reconnaître et d’accepter les honneurs d’un honnête homme.

Kanyange ne relève pas, dans l’espoir d’endiguer cette étrange diatribe. L’ampleur de l’aversion entre Dorothée et le chef de poste est telle que la moindre allusion à l’un ou l’autre peut conduire à une avalanche de récriminations en tout genre.

– Bon, Lambert, pourrais-tu m’expliquer pourquoi tu m’appelles avec le téléphone de ma belle-mère ?

– Eh bien, c’est un service que je rends à ta belle-mère, pour toi. Je l’ai trouvée au poste de police où un de mes agents l’a amenée. Elle n’avait pas de quoi payer l’amende alors qu’elle rentrait du bar après dix-neuf heures.

– Non, vous n’avez pas fait ça n’est-ce pas ? Kwilina ne mérite pas ce traitement, pas à son âge. Si je t’ai bien compris, elle n’était même pas en compagnie d’un homme, et personne ne peut dire avec certitude si elle rentrait d’un bar. Pourquoi l’avoir arrêté alors ? En plus, vous savez bien que j’aurais payé son amende dès demain, au bureau communal. Ce n’est pas comme si vous aviez affaire à un criminel endurci !

– La règle est simple. Toute femme qu’on surprend hors de chez elle après dix-neuf heures, sans son mari, doit être arrêtée. C’est du vagabondage et cela n’honore pas les femmes. Mais Kwilina est de ta famille, alors je t’appelle pour tu viennes la chercher demain matin au cachot de la commune.

– Enfin, elle est veuve ! Elle ne pouvait pas être avec son mari puisqu’il est mort ?

– Et alors ? Les lois sont les mêmes pour tout le monde, elles s’appliquent de la même façon aux jeunes comme aux vieillards, aux veuves comme aux femmes mariées.

– Excuse-moi, je ne cherche pas à te pousser à agir contre la loi. Tu admettras malgré tout que celle-ci joue en faveur de Kwilina, si seulement tu prends en considération son âge et son comportement habituel. Pourras-tu être tranquille si la réputation de cette femme digne et fière est souillée du simple fait qu’elle a pris un verre de trop ? Ce qui n’est même pas sûr, il est à peine dix-neuf heure pendant qu’on parle.

– Laisse-moi y réfléchir. Pour toi, et parce que c’est toi, je pourrais la laisser s’en sortir.

– Un chef de ta trempe trouvera forcément la meilleure solution pour Kwilina. Pas pour moi, mais parce que tu la connais bien. Elle n’a jamais posé d’acte repréhensible aux yeux de la loi, et ne va pas commencer à son âge.

Avec les années, Kanyange a développé de l’estime, sinon de l’affection, pour sa belle-mère. Derrière l’amertume de Kwilina se cache une femme que la vie n’a pas épargné, pourvue d’une générosité qu’elle a du mal à manifester et qu’elle réserve essentiellement à ses petits-enfants. Connaissant l’affection que ses filles portent à leur grand-mère, Kanyange veut lui éviter de passer toute une nuit dans le sordide cachot communal, avec des ivrognes et des voleurs. En cet instant, la jeune femme en veut beaucoup à la Musitanteri. Cette femme, qui a fait la fierté de ses administrées lorsqu’elle a accédé à son poste, a décidé que les femmes modestes, parce que sans instruction, n’avaient pas droit au libre arbitre. Elle a décidé qu’une personne de l’âge de Kwilina, après avoir accompli toutes les obligations qu’on attend traditionnellement d’une épouse et d’une mère, et qui n’aspire plus qu’à couler une existence tranquille, la Musitanteri a donc pensé qu’une telle femme n’a pas le discernement nécessaire, ni pour savoir quand rentrer chez elle, et encore moins choisir avec qui passer ses soirées. Si l’intention à l’origine de sa décision était louable, la façon de procéder n’en est pas moins infantilisante.  

La jeune femme est en outre très embarrassée. Elle est autant déterminée à secourir sa belle-mère qu’elle ne veut pas se compromettre dans une danse dont elle ne maîtrise pas les codes. Pas question de flirter, ne fut-ce qu’un instant, avec le chef de poste. Du coup, elle s’autorise une légère hypocrisie et s’emploie plutôt à flatter son ego. Elle connaît la fierté que lui procure son poste ainsi que le respect auquel il a droit au sein de leur communauté. Elle sait pouvoir se soustraire de ses avances en appuyant sur sa fibre professionnelle. Pour cette fois. S’il a pris la peine de l’appeler, il est fort probable qu’il ait déjà pris la décision de libérer Kwilina, tout en faisant valoir cette action en vue de rentrer dans les bonnes grâces de la jeune femme. C’est pour cela qu’elle n’est pas surprise par la suite de leur entretien.

– Écoute, le policier qui l’a amenée dit qu’elle circulait le soir, sans plus de précision sur l’heure où il l’a rencontrée. Kwilina argue pour sa part qu’elle rentrait chez elle, après un dernier verre avec son neveu. Pas très loin de ton bar au fait. Je vais vérifier si le policier en question a noté l’heure à laquelle il l’a rencontrée, et si ce n’est pas le cas, je la ramènerai chez elle tout à l’heure en rentrant. Compte tenu de son âge, je ne risque pas d’être mal jugé en étant vu en sa compagnie à une heure avancée.

– Merci Chef. Je m’assurerai qu’elle porte une montre désormais, en attendant que Musitanteri nous éclaire sur la teneur de ce couvre-feu féminin.

– Bonne soirée ma chère. On se voit sans doute demain soir, Kwa Kanyange.

– Sans doute oui. Très bonne soirée à toi aussi. Bien entendu, elle ne sera pas au bar demain soir, pas plus que les autres soirs à l’avenir. Ce drôle de couvre-feu aura eu le mérite de lui servir de déclic pour amorcer un autre changement, assurément bénéfique compte tenu du sentiment de plénitude que lui procurent ces quelques soirées en famille. L’idée d’une diversification fait doucement son chemin, une activité en phase avec une vie familiale et sociale épanouie. Elle se voit bien initier une association avec d’autres femmes pour, cette fois-ci, voir les choses en grand. Elle aurait pu y penser plus tôt, elle le sait. Mais sans doute devait-elle mûrir par elle-même avant de songer au sort des autres et, assurément, sa réussite actuelle lui donne une légitimité indéniable, celle qu’elle n’a pas pu acquérir sur les bancs de l’école comme son amie de toujours avec laquelle elle a besoin maintenant de construire quelque chose de concret. Elle en discutera avec Dorothée, dès demain. Ensemble, elles sont capables de soulever des montagnes. Kanyange se perd dans ses pensées, conjecturant sur toutes les manières possibles de gagner de l’argent tout en préservant ses soirées. C’est décidé, une simple mesure administrative ne stoppera pas son élan, l’ascension ne fait que commencer ! N’en déplaise à la Musitanteri, Kanyange vient d’entrer en révolution, en écho à la rengaine en vogue partout dans le pays : Turashoboye[16] !!


[1] Lire [kā-gnǎn-ghe]

[2] Chez Kanyange

[3] Vin de banane, à base de bananes mûres pressées, sans ajout d’eau. On utilise une variété spéciale destinée à la fabrication d’alcool.

[4] Bière de bananes, moins alcoolisé que l’Isongo. La base de préparation est la même, mais on ajoute de l’eau pour la production de l’urwarwa.

[5] Bière traditionnelle à base de sorgho. Le sorgho est cultivé pour la fabrication de bière mais aussi pour l’élaboration d’une bouillie essentiellement consommée comme petit-déjeuner, notamment par les enfants. Il est également consommé en préparation cuite – umutsima, une pâte préparée avec de la farine de sorgho diluée dans de l’eau chaude.

[6] Prononciation à la burundaise du prénom Aquiline

[7] Umushingantahe (Abashingantahe au pluriel) : un homme sage, ayant des qualités morales et des vertus reconnues par la société. Traditionnellement, les Bashingantahe étaient des juges, des notables et des conseillers, à tous les niveaux de pouvoir. Les Bashingantahe rendent une justice de base, au niveau collinaire, et sont impliqués dans les processus de conciliation et de cohésion entre les voisins.

[8] Au Burundi, ce mot désigne aussi une personne en charge de la préparation des brochettes (avec une préférence marquée pour la viande de bœuf ou de chèvre) et de leur accompagnement, généralement grillé à la braise, souvent des bananes vertes dans les bars de la campagne.

[9] La commune est l’entité administrative de niveau 2. Elle est administrée par l’administrateur sous la supervision et le contrôle du conseil communal.

[10] Brasseries et Limonaderies du Burundi : la plus grande et la plus ancienne entreprise de brasserie et de boissons non alcoolisées du pays.

[11] Umuyaya (abayaya au pluriel) : employée de maison, mot arrivée avec les populations d’origine indo-pakistanaise (ayah, yaya).

[12] Administrateur communal en kirundi (langue nationale du Burundi).

[13] « Le nom fait la personne ». Ntabwenge signifie littéralement « dépourvu de discernement, de perspicacité »

[14] Maman

[15] La Paix ! Salutation commune en kirundi

[16] « Nous pouvons ». Ce mot d’ordre est utilisé par/et pour les femmes au Burundi, surtout au cours de ces dernières années, en une motivation répétée pour dire et prouver par l’exemple que, dans une société où la femme semble occuper une place secondaire, les femmes ont la capacité de « faire », d’agir dans tous les domaines, par elles-mêmes, seules et/ou ensemble.

Publié par Ka Philippine

Blogueuse et Auteure, cette page est le reflet de mes écrits – nouvelles et articles – inspirés de la vie de tous les jours. Je vous fais partager les petites histoires des gens ordinaires, au gré de mon imagination, en expression libre. Bienvenue au cœur des Pérégrinations au Pays du Tambour Sacré !

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